Cet article est une traduction d’un billet publié sur le TABlog par Lori Kornegay. Elle y donne ses impressions sur une double exposition qui a lieu au Musée des Arts Idemitsu à Tokyo.
J’ai pensé que cet article vous intéresserait, car il aborde les peintures ukiyo-e, qui sont des oeuvres à exemplaire unique réalisés directement au pinceau par l’artiste, au contraire des estampes qui sont des multiples pour lesquels l’artiste fournit uniquement le dessin.
L’article originaleLe site du musée

peinture Nikuhitsu

Si l’on compare les arts occidental et oriental, des spécificités apparaissent dans le regard masculin sur les femmes, pourtant cet aspect prend une place importante dans l’histoire de l’art, quelque soit le pays d’origine, le style ou le mode d’expression.

Pour cette raison, une récente exposition en deux parties intitulée “Tout sur les peintures ukiyo-e Nikuhitsu au Musée des Arts Idemitsu” aborde ces complexes questions culturelles. Cette exposition en cours vous offre une opportunité rare de voir des peintures ukiyo-e, qui ne sont pas les gravures sur bois que les non-japonais connaissent mieux et assimilent tout de suite à l’art japonais (en particulier Hokusai et Hiroshige). Selon la brochure de l’exposition, les peintures étaient utilisées comme brouillons, peut-être pour travailler le dessin finales des estampes, qui sont habituellement de nature plus graphique. Bien que le lien entre ukiyo-e Nikuhitsu et estampes japonaises soit évident du point de vue thématique et stylistique, il est fascinant d’observer en détail les différences rendues possibles par le medium. La présentation des femmes en tant qu’objet, spécifique au contexte, ne peut pas être ignorée dans la majorité de ces travaux qui présentent des images des quartiers des plaisirs d’antan.

La seconde partie de cette exposition – la première s’est déroulée en mai – nous montre les subtils et intéressants changements à travers deux cents ans d’histoire de l’ukiyo-e, durant la période d’Edo. Commençant par les scènes de genre des quartiers des plaisirs de la fin du 17ème siècle, l’accrochage inclue un grand nombre de rouleaux et écrans peints, ainsi que des pièces en 3D. Une oeuvre de Furuyama (Hishikawa) Moroshige, intitulée “Le quartier des plaisirs de Yoshiwara”, est encartée entre deux écrans et dévoile une scène de femme habillée de manière élaborée qui pose et accompagne des hommes. Au niveau du style, les couleurs d’arrière-plan sont minimalistes pour que la vivacité des kimonos ressorte mieux. Avec une vision limitée dans la chambre aux rideaux, la modestie générale de la scène offre un changement séduisant pour ceux d’entre nous qui sont habitués à des représentations plus flagrantes des nus féminins européens. Le rouge, couleur de la passion, est utilisé sélectivement pour des rehaussements.

Une oeuvre hors du commun de la première chambre est un rouleau du début du 18ème siècle intitulé “Beauté avec un jouet” par Hishikawa Moroyasu. Au contraire de nombreux portraits, où l’accent est mis sur les motifs du kimono (le corps est presque entièrement couvert, ce qui en fait une autre sorte de femme-objet), dans cette oeuvre les solides couches colorées forment une courbe parfaite avec la silhouette, une femme qui regarde en arrière par-dessus son épaule. Son visage entier, avec ses petites et subtiles caractéristiques, apparaît comme un visage très commun, mais je ne suis pas entraînée aux subtilitées de la peinture ukiyo-e et aux modes de représentation. Cela, en plus de mon point de vue occidental, explique certainement ma lecture de ces portraits: que ces dames sont principalement des femmes en tant que beaux objets à admirer, par opposition à des êtres humains en tant qu’individualités. Une autre oeuvre à noter, datant de la fin du 18ème siècle et appelée”La beauté et le Démon” par Kubo Shunman, offre un contraste remarquable entre un monstre grotesque et une magnifique femme. Le pli de son vêtement s’accorde à ses rides qui sont très marquées, alors qu’elle est ronde et toute en courbes. Ils discutent et elle ne montre pas le moindre signe d’effroi.

La plupart des travaux récents sont plus grands et mieux réalisés en terme de taille, détails et couleurs. Une oeuvre de Katsukawa Shunsho de la fin du 18ème siècle se caractérise par un plus grand format avec des arrière-plans plus détaillés et une attention donnée au rendu réaliste de la perspective. “Parodie de Lady Murasaki” par Kawamata Tsunemasa, du milieu du 18ème siècle, dévoile une femme assise en extérieur, près d’une table de calligraphie. Elle à l’air plus fine et délicate que les plus anciennes représentations de femmes, répondant à un subtil changement d’idéal féminin, et elle semble pleine de regrets et perdue dans ses pensées. Peut-être que cela représente un léger progrès féministe? Au moins à présent elle donne l’impression d’avoir un cerveau. Des beautés jouant avec des volants montre aussi un peu plus d’activité et n’est pas une représentation de la femme en tant qu’objet passif. Il est virtuellement impossible de ne pas voir ces peintures ou ces femmes comme d’incroyablement beaux objets, mais réduire la complexité inhérente des genres représentés ne serait qu’aborder la surface.